16 août 2005

Monsieur Idelon toute pendant trois jours d'aout, ponce le plancher du hall sous l'escalier. Quand je suis arrivée, il y avait un trou jusqu'aux caves. Cet artisan réveille des souvenirs hépiques comme celui du 29 octobre 1989.

Chute plafond de l’escalier, suspens d'un siècle de poussière!
Un quatuor d’amis marseillais bravant la pluie diluvienne qui tombait, eurent la bonne idée de venir voir une soirée épique avec une Installation " Glieder Bau de Gayal Grusek Lutza ". C’était la cohue sous une marée de parapluie. Tout mon stock de sacs poubelles était distribué aux spectateurs. Défiant l’électrocution sous des parasols, les appareils de sonorisation souffraient. Une bande son d’une goutte d’eau qui tombe amplifiée sur un sol, était agrandie aux limites auditives du supportable.
Sur le parvis, sous un vaste treillage de câbles d’ascenseur, l’artiste avait accroché des cubes de glaçon sur laquelle elle projetait des films, évènement éphémère, magique fluidité.
Lorsque l’appareil de projection a fait tout disjoncter, nous eûmes peur d’hydrocution avec tous les câbles au sol, mais il y avait une telle ambiance, et cette foule d’artistes, de marginaux enthousiastes qui glissaient dans la boue des jardins.

Mêlée à la cohue de noctambules, une ministre assistait dépassée par les évènements naturels et humains. Le maire M. Cornu qui avait eu la bonne idée de l’embarquer dans cette galère, m’a demandé la permission de lui faire découvrir les intérieurs du monument. Privilège impossible à refuser, politesse oblige pour une ministre auprès du ministère des Affaires étrangères. Malgré le manque d’éclairage en intérieur ma
dame Edwige Avice. Madame la ministre était ravie de l’insolite situation. (Il paraît qu’il ne faut pas écrire de nom de personnage public dans un blog, tant pis c’est aussi une témoin…)
Son groupe d’hommes en costumes si civilisés , curieux regardaient de partout avec vigilance. A la porte de sortie, en partant vite sous le cortège de parapluies noirs, ils m’ont broyé la main, un peu trop énergiques. Les copains ont ri de ma naïveté. C’étaient des gardes du corps, si anxieux de cette situation anticonformiste. Et la ministre pleine d’humour, m’encensa de félicitations, malgré sa coiffure trempée et ses chaussures de ville toutes crottées, l’élégance parisienne douchée par un samedi très arrosé, très provincial.
Tard couchés, nous dormions du sommeil récupérateur des bienheureux, quand la première détonation réveilla en panique la maisonnée.
De l’étage Patricia hurlait à sa sœur Murielle en bas: " Dis pourquoi tu tousses ?
L’attentat a raté la ministre ? C’est une attaque de fantôme ? avec cet accent du sud qui nous fait tant rire, elles dédramatisaient la situation. Un siècle de poussière tombait dans l’escalier. Du pas des portes des chambres, nous essayions de comprendre les bruits et cette masse de poussière envahissante. Des lourdes plaques de plâtre se détachaient des lattis du plafond sous le toit en bruits sourds, inquiétants en brisant sur les marches. Gorgé d’humidité, le vieux plafond tombait neuf mètres plus bas pour un spectacle de nuit réservé aux initiés.
Les quatre marseillais riaient, quelle bonne organisatrice de week-end sportif à la montagne : la pluie du millénaire, la ministre impromptue et maintenant le plafond qui nous tombe sur la tête !
Il n’empêche que tout le dimanche, tout le petit monde par amitié a aidé à déblayer des brouettes de gravats. Tous noirs de poussière, épuisés et enchantés des aventures locales:

Gilles le kalif riaient sous ses bacchantes : Quel suspens de vivre dans une belle ruine !

Quant les gens s’exclament, " Quelle chance vous avez de vivre dans cette belle maison ", ils ne savent pas tous les coups durs qu’il faut dépasser, le travail de fourmi, la patience et résistance pour continuer d’embellir ce rêve de demeure pas fonctionnelle et inconfortable (4 pièces de chauffées l’hiver).
Les envieux critiquent, veulent croire que nous sommes payés par le ministère de la culture avec le leurre de la plaque : Monument Historique. Il y a une méconnaissance totale des contraintes amenées par cette reconnaissance d’intérêt public. C’est totalement l’inverse, les mécènes, les habitants qui offrent toutes ces heures, journées, années de labeur. Et de plus, sont obligés de travailler à l’extérieur pour ramener des salaires pour payer les artisans spécialisés… la moitié du patrimoine français est sauvé par des privés et des associations.

Chute de plafond, une ministre sous la pluie