19 mai 2005


20 ans aprés la première protection du ministère à Lyon, les officiels du ministère viennentpour une inspection générale des chantiers de La Casamaures
Deux inspecteurs nationaux de l’administration et de l’architecture : monsieur Macep de Lepinay et monsieur Gratier, sont venus de Paris ce Jeudi 19 mai, pour une visite des 24 ans de chantier de la Casamaures. Cette demeure orientaliste représente une innovation technique avec deux étages aux façades en ciment moulé. C’était un chef-d’œuvre en péril en 1981. Grâce à une initiative privée et la tenacité d’un travail quotidien, cette belle ruine a été sauvée in extrémis.

La protection de 500 métres de périmètre des monuments historiques est applicable depuis son inscription par la Corephae à Lyon en juillet 1985. Le dossier a été ensuite transmis à Paris où la commission nationale supérieure du ministère de la culture a voté le classement à l’unanimité de cette architecture unique dans l’histoire de la construction française en mai 1985. Renforçant ce classement, en 1992 une extension sur l’intégralité de la parcelle de 848 m2 indique désormais qu’elle est protégée officiellement des fondations à l’Orangerie jusqu’aux toitures de zinc. Tous les amateurs d’histoire et d’art attendent la valorisation des abords et de l’ancien parc exotique du monument depuis 20 ans !

Les colonnades des façades n’ont pas d’armature métallique, aussi elles sont particulièrement sensibles aux vibrations du trafic intense des voitures sur les 2 voiries qui l’encerclent ( 15 000 voitures par jour la départementale et 45 000 sur l’autoroute A48, qui est à 50 mètres à l’ouest du monument juché sur le rocher de Saint- Martin-le-Vinoux).
A 11h, l’équipe d’inspection du ministère de la culture avait ensuite directement rendez-vous à la Direction Départementale de l’Equipement pour s’informer de visu des derniers projets de SETEC remis à la DDE en janvier 2005. Les inspecteurs et responsables culturels de la Direction Régionale des Affaires culturelles de Lyon sont venu sur place s’informer sur la " Rocade Nord " avec un pont en face et une nouvelle voirie qui toucherait les immeubles et fortifications de Grenoble, et l’ancien parc du monument à 20 mètres, en passant sur les entrepôts " Le Bon Lait " édifiés en 1952.
Les techniciens ne cachent pas leurs préoccupations des travaux qui saperaient les fondations séculaires d’un bâtiment sur quatre étages ancré sur les contreforts ouest du massif de Chartreuse.

Les responsables du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine étaient également présents. Ils doivent suivre tous les chantiers de modification du périmétre de 500 mètres depuis 20 ans. Ils sont alertés dès qu’il y a des parkings de masse sans autorisation légale, avec le mauvais exemple pendant six semaines à Pâques dernier, de centaine de voitures sur le terrain mitoyen longeant les dernières fortifications construites en 1884 pour protéger Grenoble.

M. Tillier : architecte en chef montrait les derniers plans sur 4 niveaux de ce monument fragile et unique, un " prototype de luxe des premières préfabrications ". Un challenge sauver les façades, des kilomètres de liserets de peinture sur 52 colonnes... refaire les terrasses en forme de promenoirs...
Entre les fonctionnaires du ministère de la culture et le ministère de l’équipement,du préfet qui représente l’Etat, le débat est largement ouvert sur les lois de protection entre culture et voiture au nom de l’intérêt public et de l’image de marque patrimoniale et touristique de la porte d’entrée de la ville de Grenoble.

Il me questionne en tant que maître d’ouvrage de tous les chantiers. En plus des frais d’entretien, sur les grands chantiers 40% sont à sa charge, (les subventions aident de 40% Etat et 20% le conseil général de l’Isère).
Le classement n’oblige pas les propriétaires à ouvrir les monuments au public. Dès son rachat il y a 24 ans, les lieux étaient ouverts aux amis artistes, aux associations qui profitent du décor orientaliste au grand plaisir des visiteurs qui suivent les aventures de la reconstitution à l’identique de cette demeure de caractère et de charme, une rencontre exceptionnelle entre culture d’orient et d’occident.
Bien sur, nous avons évoqué la rencontre avons le ministre Aillagon
et la sélection du Prix Carrefour à Paris.
...
Cette inspection exceptionnelle est le résultat de notre expédition avec Geneviève en janvier 2004. Dans les salons d’apparat ornés des ors de la République du ministère, les fenêtres donnaient sur l’installation de Buren dans le Palais Royal.
Le prétexte était le concours national Carrefour avec un candidat pour chaque région française. Sélectionné par la DRAC, nous représentions le patrimoine bâti pour la Région Rhône-Alpes.
(Le chèque final fut reçu pour une ferme traditionnelle d’Alsace bien française!)...
J’ai pu y discuter longuement avec le Ministre de la culture de l’époque : M.Aillagon en profitant pour lui remettre un dossier protection du site.

Le même après-midi dans les bureaux de la Direction du patrimoine, ce fut une belle occasion d’une rencontre particulière avec le directeur qui connaissait l’originalité sur le plan national de cette architecture " un Unicum ". En consultant les derniers articles parus dans le Métroscope sur les projets de la Rocade Nord, les tracés d’intention parus publiquement dans les journaux en 2003 et les stands officiels de la communauté des communes, ce haut fonctionnaire était, comme tous les professionnels, étonné, voir scandalisé de la proximité du nouveau tracé de voirie et du pont prévu dans le périmètre direct de deux monuments : Casamaures et Fortifications de Grenoble.
En discutant dans la soirée avec M. Aillagon, même réaction et constat du danger destructif de voirie creusée sur le rocher contre les fondations du monument. Un projet voté unanimement par les élus locaux en 1999 dans les périmètres classés malgré les lois de protection des abords ! Je lui ai fait part de nos inquiétudes sur l’avenir des lieux. De la contradiction d’être aidé de 40% sur les chantiers en convention avec le ministère de la culture et d’autre part , être menacé le Ministère de l’Equipement avec les plans réalisés par la DDE. avec l’accroissement prévisible de vibrations des voitures (65 000 voitures + 30 000 à l’avenir).
En aparté, des hauts dignitaires nous parlaient du pont de l’île de Ré et des scandales aux retentissements nationaux, européens…
Conseil: il vaut mieux faire de la prévention que de subir en dernière minute les dossiers finalisés de l’APS.(qui sera rendu fin 2005)
Les ingénieurs de la DDE m’ont déjà reçu et sur ordre du directeur viennent découvrir de visu les lieux et leurs contraintes dans un soucis de concertation… mais quelle pouvoir ont habitants et associations face aux volontés des administrations suivant les décisions des élus, chacun sait que l’urbanisme est politique !

En 1981, lors de l’acquisition de la CasaMaures, j’étais la permanente de l’Atelier Publique d’Urbanisme de Meylan, avec tous les problèmes de concertation entre habitants de Béalières, architectes et élus. J’ai l’impression de revivre actuellement la même utopie participative. Je suis intimement convaincue que la concertation est un leurre, une apparence de lâcher prise des décideurs qui consultent l’habitant lambda, mais au final, promoteurs et élus décident. " "Gouverner, c’est prévoir l’avenir, dit-on ". Oui mais dans cet avenir encerclé de voitures, quelle place à la culture? L’enjeu est une image de marque d’entrée Nord de la ville. Les félicitations des élus ne m’impressionnent pas.
Qu’ont’ils fait depuis 20 ans pour aider concrètement la restauration et l'animation des lieux ? "Porteur de projet ou militante culturelle" comme l’on m’appelle, notre quotidien reste une vaste galère malgré 24 ans de travail quotidien.
Journaux, télévisions and co, ne changent en rien le débat fondamental, comment vivre avec des clopinettes et restaurer la Casa?
J’en suis toujours à l’An 01 du projet Casa Maures.

Inspection MH, Ministre Aillagon 04