01 février 2005


Photo d'archives précieuse
remise par une dame âgée qui se souvient lorsqu'en enfant elle venait rendre visite à sa tante Hortense dont le mari un basque, avait une charcuterie réputée place Grenette. (Jacques Bourboutaa propriétaire de la villa des magnolias de 1922 à 1943)
Témoignage oral
"Pendant que les mères bavardaient en tricotant sur la terrasse haute, nous les enfants jouions dans le parc où nous attirait la cueillette des fruits. On se régalait de fraises, cerises, abricots, même des petites grenades. Une fois j'ai été tellement malade à en vomir, j'avais trop mangé des figues, en buvant aussi de l'eau, la canicule était torride dans le "Petit Nice". Des marquises étaient posées devant les fenêtres pour essayer de protéger du soleil. Il faisait très chaud l’été, très très froid l’hiver sous la neige. La tante Hortense avait son appartement tout confort et ne voulait pas dormir avec son mari dans la maison arabe car elle avait peur. Mais le dimanche elle recevait la famille, il y avait toujours des bonnes choses à table sur les nappes blanches.
Il y avait des cèdres du Liban immenses et des arbres aux fleurs blanches géantes qui sentaient si bons en juin (magnolias). Un arbre aux mille écus, un peu comme le Gingko biloba dans le parc de Chantoiseau du cimentier Dumollard.
Les enfants de la vierge Marie cueillaient des roses pour la procession de mai. Dans de petits paniers, ils déposaient des pétales de toutes les couleurs. A la sortie de l'église, ils en lançaient sur le cortège qui montait au vieux tilleul sur le cimetière, puis sur le chemin des croix. Le prêtre bénissait les champs avec des petites croix de bois pour avoir de bonnes récoltes et tous les paysans de Lachal, de Narbonne, les villageois chantaient même en latin !
Sur le grand mur de la voie royale de Lyon, ma tante mettait de grosses grappes de raisins sous du papier, elle se méfiait des piafs. Le Vinoux, c’est le bon vin de Saint Martin, le cavalier qui partageait son manteau en deux avec les pauvres.
Le poirier avait des bouteilles suspendues dans lesquelles grossissaient des poires. Avec de l'eau de vie, les hommes se régalaient en jouant à la belote. Ils buvaient du ratafia, de la liqueur des vieux garçons et bien sûr, du vin de noix. Aux feux de la Saint Jean, le solstice du 21 juin ( dans une bonbonne de verre mettre 40 noix + 40 sucres, attendre 40 jours de macération et filtrer). Chaque famille avait sa recette, certains rajoutaient une orange, c’est une hérésie. C'est comme le vrai gratin dauphinois, jamais on ne rajoute des œufs ou du gruyère, c'est les bourgeois riches qui pouvaient faire ça. Dans le four à pain, les mères venaient rajouter leurs gratins qui cuisaient tout doucement, un délice (Chut, le secret : c'est de mettre de l'ail au fond des plats de terre et une bonne tranche de lard dessus).
Il y avait un jardin d’hiver avec un eucalyptus jusqu’à la verrière du plafond (9 mètres). Elle se souvenait des bassins ornés d'une sculpture de grenouille et un autre vers l’Isère d'un joli petit bonhomme, il y en avait des poissons et des fleurs d'eau, des allées d’iris bleu au printemps qui viennent de Perse paraît’il, et des ronds de lavandes en plein été qu’on tressait pour mettre dans les placards contre les mites. La glycine bleu de Chine qui s’enroulait à la rambarde de la terrasse attirait les abeilles. Dans la maison du jardinier à l’octroi des fortifications, il y avait un potager de légumes pour faire la soupe, ils chapardaient des radis, de jeunes carottes, mais la maraude c’est défendu hein !
Il y avait des clapiers à lapins pour faire des pâtés. Et je crois des faisans dont nous ramassions les plumes pour jouer aux indiens
Avec mes cousines, on aimait bien aller à la "Guinguette" voir la tante Hortense
J’ai la mémoire qui flanche, je vous en dirai plus la prochaine fois

Vieille dame gourmande