30 janvier 2005

Dimanche 9h, malgré le froid cuisant, retour de l'équipe clic clac photo.
Ilona, Pierre, Gérard, Marie-Odile, Christine, Odette entourent Christophe Huret qui les initient au regard dans la boite noire tout en parlant de l'écart entre la réalité et le surréalisme de certains clichés qui métamorphosent les espaces extérieurs du monument, en décors ombrés du noir au blanc, où les lignes droites deviennent des arabesques fantasmagoriques. Nous devenons les rois de la bricole et de la récupération. "La technique est le privilège des Dieux", cite Gérard l'œil goguenard sous son béret de Châlon-sur-Saône.
L’Orangerie est transformée en atelier de fabrication des boîtes noires pour l'opération délicate du perçage du trou, à peine perceptible à l'œil, dans du laiton.
- Peinture à la bombe en noir de l’intérieur de la boîte de récupération percée d’un trou réalisé avec une perceuse.
- Ponçage avec une toile émeri très fine .d'un morceau de 2cm carré environ de laiton.
- Perçage avec une aiguille d’acupuncture de cet œilleton de 2mn de large.
- Obturateur: un simple scotch noir assure une fermeture réversible.
- Fermeture du couvercle avec un plastique noir (enveloppe de papier photo). Mieux encore, pour les grands formats, le rajout de jupette en plastique noir de récupération pour les sacs d'ensilage....

Autour de café et thermos de thé, l'équipe photo transforme l'Orangerie en ruche créative centrée sur deux activités.
- L'atelier de fabrication d'appareils à sténopés. Je fabrique une tirelire, une boite de panetone avec les rois mages peints dessus, et la "malle de Joseph Jullien Cochard" retrouvée en 1981 dans la cave à l'abandon.
- Le laboratoire de tirages de photo à un seul exemplaire, en négatif... En écartant les lourds rideaux noirs, on découvre une ambiance clandestine avec lumières rouges. Dans les bacs jaunes flottent les papiers vierges qui du blanc d'origine virent par alchimie a toutes les gammes de gris jusqu’au noir. Un bout de papier qui saisie un fragment authentique du décor des jardins de la Casa photogénique. Magie, magie!
"Mais où est passée la jarre de Chine ? s'exclame Christine. Il ne reste que son col et une grille de montée d'escalier hallucinante d'envolées de courbes. Pourtant la vraie rambarde est rectiligne et peinte en bleu outremer. Les déformations dues à la boîte ronde rendent cette image surréaliste. Les lumières s'estompent du noir au blanc, avec une netteté incroyable du premier plan au sommet de la terrasse des rosiers d'or. Il y a des flous esthétiques avec les herbes de la pampa qui s’agitent sous le vent. Toutes les textures végétales sont très graphiques, même les feuilles de bananiers recroquevillées par le gel. Les collections de magnolias, de cédres du Liban, jouent aux ombres chinoises. Les glycines, actinidias deviennent lianes qui inspirent le style nouille, 1900. Les trois tonnelles structurent l’espace aérien des plantes grimpantes. Il manque leurs odeurs et leurs fleurs. A l’emplacement exact des prises de vue, le 2 avril, une exubérance fleurie rendra grâce aux parterres d’un jardin ornemental.
Les nains de jardins courent pendant deux jours sur les trois niveaux de terrasses, 9 personnes toutes habillées de bonnets et habits de randonneurs pour ce défi aux froid sibérien. Les montagnes sont magnifiques recouvertes de neige. Chacun choisit son coin privilégié, calle sa boite au raz des feuillages ou sur des trépieds de fortune. Le compte à rebours commence pour le temps d'exposition, puis rapidement chacun rentre en courant développer son trésor dans la chambre laboratoire. Cette photo n'aura qu'un seul tirage en négatif, un unicum. Toutes ces pièces uniques constitueront une mémoire des lieux. Un dimanche de grand gel de fin janvier, les trois pièces d'eau offrent un miroir de 10cm d'épaisseur de glace. Je plains les poissons rouges qui hibernent dessous.
En fin de journée, nous posons devant la fontaine pour un portrait de groupe grâce au numérique. Nous sommes très dignes, si fiers d'avoir personnalisé nos boîtes à sténophotographies!

Stage de Sténopéphotographie